Qui était Georges Poirier ? L'héroïque résistant ardennais mort sous la torture de la Gestapo à Charleville

  Chaque jour, de nombreux passants empruntent le boulevard Georges Poirier à Charleville-Mézières, mais peu connaissent l'histoire héroïque et tragique de celui qui lui a donné son nom. Tout commence pourtant ici, au cœur de notre cité : Georges Poirier est né à Mézières, rue Monge, au domicile de ses parents, le 16 octobre 1883. Rien ne laissait alors présager que ce fils d'Ardennais, devenu ingénieur et industriel respecté, finirait par devenir l'un des piliers de la Résistance locale, payant de sa vie notre liberté.

Journal "L'Ardennais
du 20 octobre 1944


   Ancien combattant de la Grande Guerre dans le renseignement, Georges refuse la défaite dès juillet 1940. Homme d'action, il devient l'un des artisans les plus tenaces de la lutte clandestine, entraînant avec lui ses fils dans ce combat pour la France. Comme les Allemands occupaient sa maison, il s’était installé avec son second fils à Saint-Julien, ici même à Mézières, tandis que sa femme et ses cinq autres enfants étaient réfugiés dans la Manche.


Certificat de validation des services, campagnes

 et blessures des déportés et internés de la Résistance

  Tandis qu'il organisait les parachutages pour le B.O.A. (Bureau des Opérations Aériennes), parcourant nos routes à bicyclette, il veillait sur sa famille engagée. À ceux qui s'inquiétaient, il répondait avec une force d'âme admirable : 

-  « La tâche à remplir est immense, on n’a aucun mérite à accomplir celle qui ne comporte aucun risque. Je fais le plus dangereux. Si je suis pris, je sais ce qui m’attend : je serai fusillé, c'est tout. »


Remise de la Légion d'honneur à titre posthume
à Georges Poirier. Source : L'Ardennais / Gallica (BNF).


  Sa destinée fut intimement liée à celle de ses enfants. Son fils aîné, André, rejoint la RAF en Angleterre et, lorsqu'il est abattu en France en 1943, c'est Georges qui part personnellement le recueillir pour l'aider à regagner Londres. Son second fils, Jacques, 18 ans, écoute chaque soir les « Messages personnels » de la Radio de Londres pour guider les opérations, tandis que le jeune Paul, 12 ans, connaîtra lui aussi l'internement.

  La tragédie arrive le 18 novembre 1943. Dénoncé, Georges est arrêté à son domicile par la Gestapo. Jacques parvient à s'évader par le jardin, mais Georges entame un calvaire de six mois. Après 90 jours de cellule au régime du pain et de l’eau, fers aux pieds et menottes aux mains, il est ramené agonisant à la prison de la place Carnot (l'actuelle place Winston Churchill) en mai 1944. Les témoins décrivent une "loque humaine", un "Christ en croix" qui s'effondre sur les barbelés de l'entrée sous les coups de crosse de mitraillette. Le 4 juin 1944, au seuil de la Libération, il s'éteint dans sa cellule sans avoir pu prononcer un mot, victime de l'odieuse et sauvage Gestapo qu'il avait osé affronter.

Lettre à un Ami (signée A. M.)

  « Mon pauvre Cher Ami, je ne sais guère où est déposée ta dépouille glacée. Georges Poirier n’est plus, ton nom que je ne vois revivre qu’avec douleur, avec ton courage, ton sacrifice. Vous lui avez donné votre sang, mais pas tout d’un seul jet comme le soldat qui meurt au Champ d’Honneur, mais le condamné qui tombe devant le peloton d’exécution, mais peu à peu, goutte à goutte, au cours de ces six mois de torture durant lesquels vous avez touché le fond de la misère et de la souffrance.

  Vos bourreaux ont fait leur œuvre, ils ont fini par briser votre frêle âme. Vous êtes mort stoïquement, sans prononcer une plainte, indignement. Après le 4 juin 1944, deux heures avant le débarquement que vous aviez tant espéré et préparé. Vous n’aurez pas eu la joie de revoir votre famille, pour qui vous aviez tant d’affection, et qui ne vous reverra plus ici-bas.

  Hélas ! Nous n’avons même pas une humble tombe, pas même une place dans la terre commune des vôtres. Mais nous pourrons vous acclamer glorieusement et sur laquelle nous irons tous recueillis déposer les fleurs que vous aimiez ! »


Georges Poirier est mort stoïquement, emportant ses secrets avec lui pour sauver ses fils et ses frères d'armes. Son corps ne fut jamais rendu aux siens, et il n'a pas de tombe parmi les vôtres. Mais son nom reste gravé pour l'éternité au Plateau de Berthaucourt et sur ce boulevard de notre ville, rappelant le sacrifice de cet ingénieur qui préféra le martyre à la trahison.


 La liste des martyrs du Plateau de Berthaucourt.
 Retrouvez le nom de Georges Poirier parmi les héros
ardennais ayant sacrifié leur vie pour la liberté.
Document extrait du journal L'Ardennais
 du 24 mars 1954 (Source : Gallica / BNF).

   

  Alors que le père s'éteignait dans l'ombre d'une cellule, son fils André, aux commandes de son Spitfire, s'apprêtait à poursuivre le combat dans le ciel de la Liberté. Mais c'est une autre histoire, que je vous raconterai très bientôt...


Messe en mémoire de Georges Poirier
sur le journal L'Ardennais du jeudi 21 juin 1945.



  Si le courage de Georges Poirier s'est illustré dans l'ombre de la Résistance ardennaise, son sang a continué de servir la France dans l'azur. Ne manquez pas de découvrir les destins croisés de sa descendance : son fils, André Poirier, pilote d'élite formé par la RAF au sein de la 80 OTU, et son neveu, François Hussenot, le polytechnicien de Mézières qui a révolutionné la sécurité mondiale en inventant la "Boîte Noire". Une famille d'exception, unie par un même idéal de sacrifice et d'excellence. 




Note de lien généalogique :

L’alliance entre ces deux lignées ardennaises est attestée par les registres d’état civil des Ardennes :

Le lien d'alliance : Georges Poirier était le beau-frère d’Henri Arthur Hussenot (le père de l'inventeur François Hussenot).

Le cousinage : En conséquence, Albert Poirier (fils de Georges) et François Hussenot étaient cousins germains.

Cette proximité familiale au sein de Charleville explique la transmission d'une culture commune de la précision technique et de l'engagement aéronautique entre ces deux hommes.






-  Acte de naissance

Base des Victimes de la répression allemande 

-  Mariage avec Marie Yvonne LESURE

-  Boulevard Georges Poirier Charleville-Mézières, Ardennes Coordonnées GPS : 49°45'53.1"N 4°43'21.9"E

-  Service religieux en mémoire de Georges Poirier sur le journal "L'Ardennais" du jeudi 21 juin 1945.

-  Certificat de validation des services, campagnes et blessures des déportés et internés de la Résistance, Source : Archives Départementales des Ardennes   

-  Article du journal "L'Ardennais" du vendredi 20 octobre 1944 

-  Article du journal "L'Ardennais" du 19 mai 1951

-  La liste des martyrs du Plateau de Berthaucourt

-  Remise de la Légion d'Honneur

-  Services pour faits de résistance

 

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