La dynastie Bouxin : Maîtres papetiers de Neuville-lès-This (La papeterie dans les Ardennes - Volume 1 -Volet 2)
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| Papeterie Bouxin de Neuville-Les-This Dans le bâtiment de gauche, on peut voir les grands baies qui servaient de séchoir à papier. | Google Maps, juin 2023. |
Au début du XIXᵉ siècle, la famille est pleinement intégrée à la vie locale. Le papier reste une activité importante, mais les rôles se diversifient : on est à la fois fabricant, propriétaire terrien et parfois acteur communal.
C’est dans ce cadre que naît, le 17 mai 1819, André-François-Ferdinand Bouxin. Héritier de la tradition, il exerce comme fabricant de papier. Avec le temps, il devient une figure reconnue de la commune et en devient maire.
L’eau, au cœur du métier
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| Acte de naissance de André François Ferdinand Bouxin, le 17 mai 1819 à This Archives départementales des Ardennes/This, 1816-1828, 2E450 2 Transcription |
Chez les Bouxin comme chez tous les papetiers ruraux, tout repose sur l’eau : elle alimente les roues, fait tourner les maillets, transforme les chiffons en pâte. Sans eau régulière, pas de production viable. C’est pourquoi les sources, les dérivations et les droits d’usage sont jalousement gardés.
Ce lien intime entre la famille et le ruisseau se maintient tout au long du XIXᵉ siècle.
En octobre 1870, la guerre franco-prussienne frappe durement la région. À Neuville-Lès-This, les troupes allemandes occupent la commune et imposent réquisitions et violences. Alors adjoint (puis futur maire), André-François-Ferdinand Bouxin est arrêté, garrotté et battu à coups de bâton pour avoir refusé de dénoncer d’éventuels francs-tireurs. Malgré les sévices et les menaces de mort, il conserve sa dignité et parvient à rassembler les contributions exigées.
Après ces épreuves, il poursuit son engagement local jusqu’à son décès, le 4 septembre 1896, à l’âge de 77 ans.
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Nécrologie dans Le Courrier des Ardennes du dimanche 06/09/1896 -Gallica |
Une activité qui décline progressivement
Au fil du XIXᵉ siècle, la petite papeterie artisanale peine à résister face aux usines mécanisées. Les Bouxin restent attachés à leurs terres et surtout aux parcelles contenant des sources – ultime héritage de leur activité passée
1932 : la fin d’un héritage lié à l’eau
Le 11 mai 1932, après la disparition de Jules-François-Edmond Bouxin (dernier fabricant de papier de la lignée), sa veuve Marthe-Julie-Marguerite Cointe et ses deux fils – Pierre et le jeune Jean – prennent une décision lourde de sens. Ils vendent à la commune de This l’hectare de terre du Fond-de-la-Troche, avec sa source précieuse qui, pendant plus d’un siècle et demi, avait fait tourner les roues et les piles de l’usine familiale.
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| Purge légale du terrain du "Fond de la Troche" Transcription Le Petit Ardennais/Archives départementales |
De Harcigny à This : une trajectoire typique
En un peu plus d’un siècle et demi, de 1769 à 1932, la famille Bouxin incarne le destin si fréquent des papetiers ruraux des régions du Nord.
Tout commence par le départ discret de Jean Bouxin, qui quitte les moulins de la Thiérache pour venir poser ses maillets sur les ruisseaux des Ardennes. À This, il plante les fondations d’une papeterie modeste mais tenace, qui va accompagner la vie du village pendant plus de cent soixante ans.
Vient ensuite l’enracinement : les enfants naissent au bord du ruisseau, les mariages se nouent avec les familles voisines, et le métier se transmet patiemment, génération après génération.
Avec André-François-Ferdinand Bouxin, la lignée atteint une forme d’aboutissement local. Fabricant de papier comme ses ancêtres, il devient aussi une figure respectée de la commune : adjoint, puis maire de This. Même au cœur de la tourmente de 1870, lorsqu’il est battu et menacé par les troupes prussiennes, il reste debout, fidèle à son village et à son honneur.
Son fils Jules-François-Edmond Bouxin, dernier à porter le titre de fabricant de papier, poursuit encore quelque temps l’activité héritée de ses aïeux. Mais le temps des petites papeteries artisanales touche à sa fin.
En 1932, l’eau qui avait fait vivre la papeterie Bouxin pendant plus de cent soixante ans passe définitivement dans le domaine communal. Les bâtiments de l’ancienne usine deviennent une maison privée et silencieuse.
Ce parcours, de Harcigny à This, raconte bien plus qu’une simple histoire de famille. Il montre la force tranquille d’une tradition artisanale profondément liée à l’eau et à la terre, transmise avec obstination pendant six générations. Il montre aussi comment ce monde rural, fait de patience et de savoir-faire manuel, a fini par céder devant les grandes usines mécanisées et les bouleversements du XXᵉ siècle.
Aujourd’hui, les murs de l’ancienne papeterie abritent une vie privée et silencieuse. Mais le nom des Bouxin continue de résonner doucement dans les Ardennes, comme un écho discret de ces hommes qui, pendant plus de cent soixante ans, ont transformé l’eau des ruisseaux en feuilles de papier.
Sources :
- Procès-verbal d'enquête sur les infamies et les excès commis par les Prussiens dans les communes de Neuville et This (Ardennes) pendant la guerre de 1870
- Les anciennes papeteries de l'Aisne
Autres articles :
- La saga des Bouxin : une dynastie papetière entre Aisne et Ardennes - (La papeterie dans les Ardennes - Volume 1 -Volet 1)
- Le Scandale Félix Faure à Balaives-et-Butz : La maîtresse du Président et son protecteur ardennais
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