Le Drame de Montcornet (1882) : L'Affaire Marie Célina Gérard et la Traque de Blaise Pelaud - Destins Judiciaires- Volume 2-Volet 1

Le drame

 de Montcornet (1882)

Une tragédie dans les campagnes ardennaises

Un enfant disparaît. Les Ardennes retiennent leur souffle.

L’été 1882 aurait dû être paisible dans les campagnes entre Houldizy et Montcornet. Pourtant, en quelques heures, un drame d’une rare violence allait marquer durablement les mémoires locales.

Ce crime survenu dans les Ardennes en 1882, entre Houldizy et Montcornet, reste l’un des faits divers les plus marquants de la région.

Le 17 juillet, vers dix heures du matin, la jeune Marie Célina Gérard, âgée d’à peine neuf ans, quitte le domicile familial à Houldizy. Ses parents, modestes cultivateurs, l’envoient porter quelques pâtisseries à une tante demeurant à Montcornet. Une course simple, habituelle, sur des chemins qu’elle connaît.

À midi, l’enfant est vue au moulin d’Arreux. Elle refuse même l’invitation du meunier Paillardelle à partager le repas, pressée d’accomplir sa mission. Elle reprend la route.

Ce sera la dernière fois qu’on la verra vivante.

La disparition et la découverte

Le soir venu, l’absence de Marie n’inquiète pas immédiatement ses parents. Il arrive qu’elle passe la nuit chez sa tante. Mais le lendemain, l’angoisse s’installe : à Montcornet, personne ne l’a vue.

Très vite, les recherches s’organisent. Habitants, proches et autorités fouillent les chemins, les bois et les champs. C’est finalement dans un champ de féverolles, à proximité du chemin reliant Arreux à Montcornet, que l’horreur est découverte. Le corps de la petite fille gît au sol, abandonné. L’émotion est immense.

Les conclusions médicales de 1882 consignées au dossier indiquent que le décès a été causé par une asphyxie consécutive à l'agression. Les constatations de l'époque soulignent la violence des faits qui ont précédé la fin tragique de l'enfant.. Le corps porte les traces d’une lutte et d’un transport à travers champs.

Une traque rapide

Très vite, les soupçons se portent sur un homme signalé par plusieurs témoins le jour même : un individu étranger au pays, au comportement suspect, porteur d’un ballot.

Porteur d’un lourd ballot enveloppé de toile blanche, l’homme est décrit avec précision : pantalon de velours brun, blouse usée, chapeau noir à larges bords. Sa silhouette, son accent et sa physionomie correspondent à Blaise Pelaud, dit Pierre.

Arrêté le 21 juillet à Sedan, il est porteur d’une somme d’argent importante ainsi que d’objets provenant d’un vol. Ses explications s’effondrent rapidement. Il ment, se contredit, invente des trajets. Mais l’enquête reconstitue avec précision son parcours à travers les Ardennes : Le 14 juillet, il quitte Sorbon. Le 15, il est signalé à Charleville. Le 16, il passe par Aiglemont, puis Neufmanil, avant d’être vu à Monthermé. Le matin du 17 juillet, il traverse le bois de Houdlimont. Vers dix heures et demie, il déjeune à Arreux. Peu après, il est aperçu couché au bord du chemin entre Arreux et le moulin. À midi, un témoin le voit sur la digue du moulin — au moment même où la petite Marie Gérard arrive.

L'AFFAIRE PELAUD (1883)



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Puis tout bascule. Vers douze heures quarante-cinq, soit après le crime, deux voituriers aperçoivent Pelaud à quelques mètres du champ de féverolles. Il traverse la route et s’éloigne à pas précipités à travers champs, en direction de Charroué. Se sentant observé, il tente de se donner une contenance : il sort un calepin, feint d’étudier le terrain. Plus loin, des faneurs le remarquent encore, répétant les mêmes gestes. Mais les champs parlent. Sur son trajet, les enquêteurs découvrent des indices accablants : des morceaux des pâtisseries que portait Marie, puis la volette en osier qui les contenait. Ces objets, absents près du corps, dessinent une trace silencieuse à travers les champs… celle du passage du meurtrier.

Arrestation et révélations

Le 21 juillet, Pelaud est arrêté à Sedan. Il est porteur d’une somme d’argent importante et d’objets provenant d’un vol commis dans la nuit suivant le crime, à Charleville. Car le meurtre de Montcornet n’est pas son seul forfait. Dans la nuit du 17 au 18 juillet, il s’introduit par effraction chez un épicier de Charleville, dérobant argent, vêtements et marchandises. Une partie du butin est retrouvée en sa possession. Face aux enquêteurs, Pelaud ment, se contredit, invente des itinéraires impossibles. Mais les témoignages s’accumulent et le désignent formellement. Plus accablant encore : en prison, il aurait fait des aveux à d’autres détenus.

Un accusé au passé sombre

Malgré son jeune âge, Pelaud traîne déjà un lourd passé. Placé en maison de correction dès l’enfance pour vol, il est décrit comme instable, violent et familier du mensonge. Condamné en 1881, il ne s’est jamais réellement réinséré. Vagabond, il erre de région en région, vivant de petits travaux… et de délits.

Le procès aux assises

En février 1883, devant la Cour d’assises des Ardennes, l’accusé nie tout. Malgré les preuves accablantes, malgré les témoignages, il répète : « Ce n’est pas moi. » L’émotion est immense dans la salle d’audience, notamment lorsque sont présentés les effets de la victime. Les charges retenues sont écrasantes :L'arrêt de la Cour d'assises des Ardennes a retenu les chefs d'inculpation suivants : viol sur mineure de moins de quinze ans, homicide volontaire aggravé et vol qualifié avec effraction

ACTE DE DÉCÈS (1882)



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Une mémoire à raviver

Aujourd’hui, presque plus personne ne prononce son nom. Entre Houldizy et Montcornet, les chemins sont restés… mais la mémoire s’est effacée. Dans le silence du bois de Houdlimont, rien ne rappelle qu’un matin d’été 1882, une enfant y a perdu la vie. Marie Célina Gérard n’est pas qu’un fait divers ancien. Elle était une enfant. Elle marchait, confiante, sur ces chemins. Elle avait une famille. Une vie. Un avenir. Et puis plus rien. Alors non — elle ne doit pas disparaître une seconde fois dans l’oubli. Si son nom ressurgit aujourd’hui, c’est pour lui rendre ce que le temps lui a volé : sa mémoire. Et tant que quelqu’un écrira son nom, Marie Célina Gérard ne sera jamais tout à fait oubliée.  


Découvrez prochainement le dénouement de l'affaire ....


Sources & Archives :









Sources : Archives Départementales des Ardennes / Gallica BNF. Recherches, numérisations et transcriptions originales réalisées par Mr Pascal Lorent Toute reproduction ou réécriture (y compris par IA) est interdite sans mention de la source et de l'auteur

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