Les de Beurmann : Trois Générations de Barons et de Héros, de Napoléon à la Bataille de Bazeilles


Trois Générations, Trois Héros : La Saga des de Beurmann

 De la Vendée à Bazeilles, une famille ardennaise au service de la France

  Dans les Ardennes, il existe des familles où le sens du devoir ne s'enseigne pas — il se transmet dans le sang, dans les silences du soir, dans les portraits accrochés aux murs des grandes fermes. La lignée des de Beurmann est de celles-là.



Général Eugène Catherine de Beurmann

 

Le Grand-Père : Entrammes, 1793

Tout commence dans la fureur de la guerre de Vendée.

Jean Conrad Auguste de Beurmann, lieutenant-colonel au régiment de Salm-Salm Infanterie, tombe au combat lors de la bataille d'Entrammes, le 26 octobre 1793. Il n'est pas mort dans un lit, entouré des siens : il est mort en soldat, les armes à la main, au moment où la République jeune et vacillante se défendait contre elle-même.

Son fils Frédéric a seize ans. Il n'oubliera jamais.

Le Père : La Garde Consulaire et le Titre de Baron

Frédéric Auguste de Beurmann (1777–1815) grandit dans l'ombre d'un père héroïque et choisit, lui aussi, les armes. Sous Napoléon, il s'élève rapidement : cavalier de la Garde Consulaire, il se retrouve à Ostende en 1804, au cœur des préparatifs d'invasion de l'Angleterre, à l'heure même où, dans le calme des Ardennes, sa femme Anne Françoise Gobert lui donne un fils.

Ce fils s'appelle Eugène.


  En 1808, Napoléon Ier consacre l'ascension de Frédéric par un décret impérial : il est fait Baron de l'Empire. Commandeur de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Louis, il finit Général de Brigade — Maréchal de Camp. Il meurt à trente-sept ans, laissant derrière lui une veuve, un domaine, et un fils de onze ans qui n'aura pas besoin qu'on lui explique ce que signifie servir.


Le ferme de Blanchampagne avec ses 456 hectares et sa briqueterie.
Propriété de Dominique Gobert, grand-père de Eugène Catherine de Beurmann
Source : Archives Départementales des Ardennes – Plan parcellaire de 1832 (Tableau d'assemblage de Blagny, Linay, Sailly et Villy).


L'Enfant de Blanchampagne

  Eugène Catherine de Beurmann naît le 10 mai 1804 à Blanchampagne, hameau de la commune de Sailly, dans l'arrondissement de Sedan.

Blanchampagne. Le nom lui-même sonne comme un pays. Et c'en était un, à sa manière : une ferme monumentale de plus de 456 hectares, avec sa briqueterie, ses bâtiments qui formaient un quadrilatère imposant, ses terres qui débordaient sur quatre communes — Sailly, Blagny, Linay, Villy. Le domaine appartenait à son grand-père maternel, Dominique Gobert, l'un des propriétaires les plus importants de la région. 

  C'est là, dans cette bâtisse qui touchait l'horizon, qu'Eugène passe son enfance. Fils d'un baron mort jeune, petit-fils d'un lieutenant-colonel tombé en Vendée, il n'a pas besoin qu'on lui invente des ambitions.



Blanchampagne en 1903 : La puissance de la Ferme-École

« Cette carte postale ancienne (tirée d'une collection particulière et numérisée par la Région Grand Est - Inventaire général) montre la Ferme-École de Blanchampagne telle qu'elle apparaissait il y a plus d'un siècle. Notez la longueur impressionnante de la façade, qui témoigne de l'immensité de ce domaine. C'est dans cette bâtisse monumentale, au cœur de terres qui touchaient quatre communes (Sailly, Blagny, Linay et Villy), qu'Eugène de Beurmann est né en 1804. Le texte sur la carte confirme d'ailleurs qu'il s'agissait de l'une des "métairies les plus riches" de la région



De Polytechnique à Sébastopol

  Eugène choisit l'artillerie. Le choix d'un homme qui réfléchit avant de frapper — et qui frappe juste.

  Sa carrière est longue et brillante. Il gravit les grades avec méthode : sous-lieutenant, lieutenant, capitaine du 2ᵉ régiment d'artillerie en garnison à La Fère, puis colonel du 3ᵉ régiment d'artillerie à pied. Mais c'est en Crimée, entre 1854 et 1855, que son nom s'inscrit vraiment dans les registres de la gloire militaire. Devant Sébastopol, il commande les batteries de siège. Les Russes tiennent. Les batteries de Beurmann tiennent aussi, plus longtemps.


Cette vue d’ensemble prise vers le nord permet de saisir la démesure de Blanchampagne. On y distingue parfaitement le quadrilatère des bâtiments d'exploitation et l'aile d'habitation. C’est ici, dans ce hameau isolé de la commune de Sailly, qu'est né Eugène Catherine de Beurmann le 20 floréal an XII (10 mai 1804).  À l'époque, son grand-père Dominique Gobert, propriétaire des lieux, y régnait sur plus de 450 hectares de terres. Bien que le temps et les combats de 1870 aient marqué ces murs, la structure monumentale témoigne encore aujourd'hui de la puissance de cette "ferme-château" où s'est jouée l'enfance d'un futur Baron de l'Empire.

Source : Région Grand-Est - Inventaire général / Photo : Philippot Jacques.


La reconnaissance vient, multiple et méritée :


Chevalier de la Légion d'honneur — 22 avril 1847

Officier de la Légion d'honneur — 17 octobre 1857

Commandeur de la Légion d'honneur — 27 décembre 1861

Ordre du Médjidié ottoman, 4ᵉ classe — pour faits d'armes en Crimée




— Étude de Me ROGET, notaire à Metz, 

place de Chambre.

On fait savoir qu'en vertu d'un jugement rendu par le tribunal de première instance séant à Metz, en date du 21 juin 1836, dûment enregistré, dans la cause d'entre M. Alexandre-Dominique Gobert, propriétaire, demeurant à Metz, tant en son nom personnel qu'en qualité de tuteur à la substitution faite par le testament de défunt M. Dominique Gobert père, en faveur des enfans nés et à naître de dame Charles-Clémentine Gobert, épouse de M. Pierre Friquet, fabricant de draps, demeurant à Sedan, demandeur, à lui joint M. Pierre-Irénée Gobert, ancien receveur de la loterie, demeurant à Metz, en qualité de tuteur à la substitution faite en faveur des enfans nés et à naître de M. Charles-Thomas Gobert, suivant le même testament, défendeur, procédant tous deux par le ministère de M$e GERMAIN, leur avoué, d'une part ; contre, 1° M. Charles-Thomas Gobert, capitaine dans la garde municipale de Paris, domicilié à Metz, défendeur, procédant par le ministère de Me MANGIN, son avoué, d'autre part ; 2° ledit sieur Pierre Friquet, fabricant de draps, demeurant ... 

Source : Gallica (BnF) – Extrait du journal « Courrier de la Moselle » du 27 septembre 1836.



à Sedan, et la dame Charles-Clémentine Gobert, son épouse, aux droits de celle-ci, ledit sieur Friquet agissant encore en qualité de tuteur établi par justice à la substitution faite en faveur des enfans à naitre du sieur Alexandre-Dominique Gobert, défendeurs, procédant par le ministère de M^e Mathieu, leur avoué, aussi d'autre part ; 3° MM. Charles-Clément-Prosper de Beurmann, propriétaire, demeurant autrefois à Metz, et maintenant à Sedan ; Eugène-Catherine de Beurmann, capitaine au 2^e régiment d'artillerie, en garnison à La Fère ; Simon-Conrad-Michel-François-Joseph Piot, propriétaire et maître de forges, demeurant à la Jonquette, commune de Francheval (Ardennes), dame Ernestine-Joséphine de Beurmann, son épouse, à cause de celle-ci ; Edouard-Pierre-Samuel Friquet, négociant, demeurant à Blagny (Ardennes), dame Marguerite-Cornélie de Beurmann, son épouse, à cause de celle-ci, aussi défendeurs, procédant par M^e Rémond, leur avoué, encore d'autre part ; il sera, le jeudi 13 octobre 1836, dix heures du matin, par le ministère de MM^es Roget et Purnot, notaires à Metz, commis à cet effet, en l'étude dudit M^e Roget, procédé à l'adjudication par voie de licitation, à l'extinction des feux, au profit des plus offrans et derniers enchérisseurs, des IMMEUBLES dépendant de la succession de M. Dominique Gobert, en son vivant propriétaire, demeurant à Villers-lès-Plesnois, et de sa communauté avec dame Marguerite Georges, son épouse
Source : Gallica (BnF) – Extrait du journal « Courrier de la Moselle » du 27 septembre 1836.


  Et puis, le 14 janvier 1865, au Palais des Tuileries, Napoléon III signe le décret qui confirme officiellement son titre héréditaire de Baron — transmission de mâle en mâle, par ordre de primogéniture. La formule du décret est sobre et solennelle : 

« Nous maintenons et confirmons en faveur de Eugène Catherine de Beurmann le titre héréditaire de Baron. »

Deux empereurs, deux Napoléon, pour une même famille. Peu de lignées ardennaises peuvent en dire autant.




Le Garde des Sceaux, Ministre Secrétaire d'État au Département de la Justice et des Cultes, Signé : J. Baroche.

Napoléon, par la Grâce de Dieu et la volonté Nationale, Empereur des Français à tous présents et à venir Salut.

Vu la requête présentée au nom de Eugène-Catherine de Beurmann, Colonel du 3e Régiment d'artillerie à pied, né le 20 Floréal An XII à Sailly, arrondt de Sedan (Ardennes), tendant à obtenir la confirmation du titre héréditaire de Baron, conféré à son père, par lettres patentes du 27 Novembre 1808 ;

Vu l'avis émis par le Conseil du Sceau des Titres ; Sur le Rapport de notre Garde des Sceaux, Ministre Secrétaire d'État au département de la Justice et des Cultes ;

Avons Décrété et Décrétons ce qui suit :

  • Art. 1er. Nous maintenons et confirmons en faveur de Eugène Catherine de Beurmann, le titre héréditaire de Baron, transmissible à sa descendance directe, légitime, de mâle en mâle par ordre de primogéniture.

  • Art. 2. Le titre de Baron ne sera porté par l'impétrant, et l'ampliation du présent Décret ne lui sera délivrée qu'après paiement des droits de Sceau attachés à la confirmation dudit titre.

  • Art. 3. Notre Garde des Sceaux, Ministre Secrétaire d'État au Département de la Justice et des Cultes, est chargé de l'exécution du présent Décret.

Fait au Palais des Tuileries le 14 Janvier 1865. Signé : Napoléon.

Source : Archives Nationales (Série BB/29 - Sceau des Titres). Document : Décret impérial de confirmation du titre de Baron pour Eugène Catherine de Beurmann (14 Janvier 1865).


1856 : Un Mariage à Douzy

  À cinquante-deux ans — l'âge d'un homme qui a beaucoup vécu et qui sait enfin ce qu'il cherche — Eugène épouse Elvire Friquet à Douzy, le 29 mai 1856. Les familles se connaissent : les Friquet et les Gobert sont liés depuis longtemps à ce territoire de l'est ardennais. Ensemble, ils auront deux enfants : Auguste Eugène Ernest, né en 1859, et Virginie Jeanne Louise, née en 1862


1870 : Bazeilles et la Villa BEURMANN 

  La guerre franco-prussienne de 1870 s'abat sur les Ardennes comme une catastrophe annoncée. Le 1er septembre, Sedan capitule. C'est l'une des plus grandes défaites militaires de l'histoire de France.

  À Bazeilles, à quelques kilomètres au sud-est de Sedan, les combats atteignent une violence rare. Les marsouins de l'Infanterie de Marine s'y battent maison par maison contre les Bavarois, dans ce qui deviendra l'une des pages les plus célèbres de la résistance française — immortalisée par le tableau d'Alphonse de Neuville, Les Dernières Cartouches



Sedan 1er septembre. — Habitants de Bazeilles repoussés par les Bavarois dans les flammes de leurs maisons incendiées (commentaire d'époque)
Source : BnF - Portail Gallica. Français & Allemands : histoire anecdotique de la
 guerre de 1870-1871








  Au cœur de ce village en feu se trouve la Villa Beurmann.  Criblée de balles, âprement défendue, elle est finalement évacuée après une lutte acharnée, avant de céder la place dans la mémoire collective à la Maison Bourgerie — rebaptisée depuis Maison de la Dernière Cartouche.

Pour Eugène, né à Blanchampagne, enraciné dans cette terre depuis l'enfance, voir le nom de sa famille inscrit au cœur de ce désastre et de cette résistance est à la fois une douleur et un honneur.



Villa Beurmann à Bazeilles, Ardennes.



La Fin : Douzy, 18 mai 1873

  Il s'éteint à Douzy, le 18 mai 1873, à soixante-neuf ans. Général de Brigade, Commandeur de la Légion d'honneur, Baron de l'Empire — et enfant de Blanchampagne.

Ses témoins de décès sont Simon Conrad Michel François Joseph Piot, son beau-frère, et Charles Prosper Clément de Beurmann, son frère. La famille est là, jusqu'au bout.


Une Lignée de Fer

   De la Vendée à la Crimée, de Blanchampagne à Bazeilles, les de Beurmann incarnent quelque chose que l'on rencontre rarement : une continuité de l'honneur sur trois générations. Le grand-père meurt au combat en 1793. Le père est fait baron par le premier Napoléon en 1808. Le fils voit son titre confirmé par le troisième en 1865, après avoir servi sous les murs de Sébastopol.

Ce ne sont pas des barons de salon. Ce sont des hommes de terrain, formés dans les fermes et les garnisons, qui ont traversé la Révolution, l'Empire, la Restauration, la Crimée et la débâcle de 1870 sans jamais déposer les armes.

Leur histoire est ardennaise. Elle est nôtre.



Visite du champ de bataille; Source : Les champs de bataille de 1870 : Henri Dorizy.1911, Gallica / BnF.


Antoine de Saint-Exupéry à Charleville : Le destin ardennais du parrain de l'auteur du "Petit Prince" - (Militaires : Saison 1)

 De Charleville aux Champs-Élysées : Le destin impérial du Général Jean-François Maucomble - (Militaires : Saison 2) 

L’Empire de la table à Charleville : Les secrets du 5-7 rue Hippolyte Taine



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Sources :





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