Le Général Maucomble : Un destin d’acier, de Charleville à l’Arc de Triomphe

 

  Dans la lumière encore incertaine d’un matin d’été, le 2 juillet 1776 naissait à Charleville, Jean-François-Nicolas-Joseph, vicomte de Maucomble. Rien ne semblait destiner cet enfant à devenir l’un de ces officiers forgés par la guerre et l’honneur. Pourtant, l’ardeur discrète était déjà là.



Acte de baptême de Jean François Nicolas Maucomble (02/07/1776)
Sources : Archives départementales des Ardennes


 Très jeune, il choisit la rigueur. Il intégra l’école du génie et en sortit officier en 1795. Ses premières expériences, il les vécut à Ypres et Menen, où il participa à la reconstruction de places fortes meurtries par les combats. C’est dans les Alpes, auprès de la division du général Antoine Richepanse, que son courage se révéla pleinement. Refusant le poste d’aide-de-camp qu’on lui proposait, il resta fidèle au génie. Près du col de Tende, encerclé avec quatre compagnons par une soixantaine d’ennemis, il chargea. Deux tombèrent. Blessé, leur colonel gisait au sol. Alors que la fuite était possible, Maucomble fit demi-tour. Avec un camarade, il souleva le blessé sur ses épaules. Impressionnés, les ennemis les laissèrent passer. Ce jour-là, il ne gagna pas une bataille. Il gagna quelque chose de plus rare : le respect universel



 Les campagnes s’enchaînèrent. Dès 1804, il est fait chevalier de la Légion d’honneur. En 1805, il participe à la campagne d’Autriche et se distingue à la veille d’Austerlitz : blessé d’un coup de sabre au poignet lors des combats d’Amstetten il est élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur le 26 décembre 1805. Viennent ensuite les campagnes de Prusse et de Pologne. À Eylau, le 8 février 1807, entouré par la cavalerie ennemie, il reçoit sept coups de sabre à la tête et au visage. Grièvement blessé, il en sortit marqué à vie, le visage portant désormais les cicatrices visibles de sa fidélité au combat. Envoyé en Guadeloupe aux côtés de Richepanse, il refusa les tentations de l’argent facile lors d’une mission d’escorte de prisonniers à travers l’Atlantique et resta fidèle à sa parole. Colonel en 1808, puis général de brigade en 1813, il combattit en Espagne face aux troupes de Wellesley. À Bayonne en 1814, malgré ses blessures, il organisa la défense avec habileté et captura même un général ennemi lors d’une sortie audacieuse. Après Waterloo, les régimes passèrent.




Dossier. M. au Baron Maucomble, Grand Officier de la Légion d'honneur
 https://www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr/archives-images/LH163/FRDAFAN83_OL1796004V001_L.jpg






  Couvert d’honneurs militaires et civils, Maucomble fut promu grand officier de la Légion d’honneur, ultime reconnaissance d’une carrière exemplaire. Il choisit le repos et fut admis à la retraite en 1838. Il s’éteignit le 20 mai 1850 à Passy et repose au cimetière du Père-Lachaise.Même au sommet de sa carrière, cet officier ardennais n’oublia jamais les siens. Le 6 avril 1831, alors maréchal de camp commandant la subdivision de la Manche, il signa cette attestation chaleureuse :



« Je soussigné, maréchal de camp, commandant la subdivision de la Manche, certifie que M. (Charles Gaspard) de Taurines, officier en retraite à Charleville, département des Ardennes, a eu les jambes et les pieds gelés en Pologne, que cette circonstance a exigé son séjour pendant quatre mois à l’hôpital à Mowreslow en quittant le champ de bataille d’Eylau en 1807 ; certifie en outre que M. de Taurines, que j’ai parfaitement connu durant cette campagne, a servi avec une bravoure qui le faisait distinguer et le rend tout à fait digne de l’estime de ses compatriotes.
Saint-Lo (Manche), le 6 avril 1831 : Vte Maucomble. »


  Charles-Gaspard de Taurines, né à Mézières le 28 novembre 1785, avait lui aussi accumulé les campagnes : Grande Armée (1806-1807), Espagne, Allemagne, Portugal, Saxe, Vendée… Entré comme vélite dans les grenadiers à pied de la Garde impériale, il finit capitaine. Bien que monté en grade, il resta profondément attaché à ses racines ardennaises. D’ailleurs, Charles-Gaspard de Taurines était l’oncle maternel de Gustave Gailly, l’industriel et homme politique de Charleville qui marqua profondément l’économie des Ardennes au XIXe siècle par ses usines et son engagement local. Ainsi, au-delà des champs de bataille, Maucomble et Taurines incarnent une même fidélité : celle des Ardennais qui, même parvenus haut, gardent une pensée pour les leurs. Son nom figure aujourd’hui sur l’Arc de Triomphe à Paris, parmi les généraux de la Révolution et de l’Empire — ultime hommage à une vie placée sous le signe du courage, de la loyauté et de l’honneur.






Sur le Pilier Ouest (côté Avenue de la Grande Armée), le nom de l'Ardennais Jean-François Nicolas Joseph Maucomble est gravé pour l'éternité. Il se situe précisément au bas de la 32ème colonne.
(Source image : Domaine Public / Wikipédia)


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