Le Parapluie Rouge de Coliquet : L’Amuseur de Rue qui enchanta l’enfance de Rimbaud







Medam’, Messieurs et mes garçons,
Je suis Coliquet, de mon nom.
Je ne suis pas de cent lieues long
Puisque de là-bas ma maison
Me regarde avec son lorgnon.
Je viens vous offrir un’ chanson
Qui me semble tout d’occasion…





  Ainsi se présentait, avec verve et malice, l’un des personnages les plus pittoresques qu’ait connus la place Ducale de Charleville. Coliquet, marchand de chansons, amuseur public et bonimenteur infatigable, faisait autrefois vibrer le cœur des marchés ardennais au rythme de son tambour de basque et de ses refrains populaires.




Jour de marché sur la Place Ducale à Charleville.
CC-BY-NC-SA 2.0 Creative Commons






  Né entre 1815 à Rethel, il apparaît déjà, en 1833, comme une figure familière de la place Ducale. Là, au milieu de la foule animée des jours de marché, il déployait tout son talent pour attirer les passants. Vêtu de manière extravagante — parfois drapé dans des étoffes inattendues — et abrité sous son célèbre parapluie rouge, il ne passait jamais inaperçu. Ce parapluie, véritable emblème, était devenu son signe distinctif, presque un étendard.





Coliquet dans le journal "Le Petit Ardennais" Archives départementales des Ardennes.



  Coliquet ne se contentait pas de chanter : il vendait aussi ses « cahiers rouges », ces petits recueils de chansons que le public s’arrachait pour quelques sous. Après un prélude frénétique sur son tambour, il lançait ses couplets d’une voix de baryton étonnamment assurée. Très vite, les bras se tendaient, les spectateurs réclamaient « bis ! », et la foule se pressait autour de lui dans une joyeuse effervescence.


Coliquet dans le journal "Le Petit Ardennais" Archives départementales des Ardennes



  Coliquet ne se contentait pas de chanter : il vendait aussi ses « cahiers rouges », ces petits recueils de chansons que le public s’arrachait pour quelques sous. Après un prélude frénétique sur son tambour, il lançait ses couplets d’une voix de baryton étonnamment assurée. Très vite, les bras se tendaient, les spectateurs réclamaient « bis ! », et la foule se pressait autour de lui dans une joyeuse effervescence.


  Son succès reposait autant sur ses talents de chanteur que sur son sens du spectacle. Grimaces, gestes exagérés, intonations comiques : tout chez lui participait à créer une ambiance unique. Il savait captiver son auditoire, le faire rire, chanter, et surtout revenir.


  Plus tard, il partagea la scène avec sa fille, Anne-Sophie. Ensemble, ils formaient un duo attendrissant et populaire. Juchés sur une simple chaise de bois, elle au violon, lui à la voix, ils interprétaient des romances pleines de fraîcheur. Le public, notamment les spectatrices, se laissait séduire par ces airs d’amour et reprenait volontiers les refrains. C’était un moment de grâce simple, une parenthèse de poésie dans le tumulte du marché.




Coliquet dans le journal "Le Petit Ardennais" Archives départementales des Ardennes




Sources : Les Ardennes françaises:BNF/Gallica



  Coliquet s’éteint le 24 décembre 1892, à son domicile de la rue du Moulin, à Charleville. Avec lui disparaît un témoin vivant de la culture populaire ardennaise du XIXe siècle. Pourtant, son souvenir, lui, ne s’efface pas totalemen




Acte de décès du 24 décembre 1892 à Charleville.
Archives départementales des Ardennes



  Comment ne pas imaginer que le jeune Arthur Rimbaud, enfant de Charleville, ait croisé à de nombreuses reprises ce personnage haut en couleur ? Peut-être s’est-il arrêté, lui aussi, parmi la foule, écoutant ces chansons simples et vibrantes. Peut-être même que, dans un coin de sa mémoire, ces scènes ont laissé une empreinte, un écho lointain de cette poésie du quotidien.


  Car Coliquet, au fond, était bien plus qu’un simple marchand de chansons. C’était un animateur, un créateur d’ambiance, un homme qui savait rassembler et faire sourire. Un de ces personnages populaires qui donnent une âme aux villes.


   Ce Coliquet devait être un sacré personnage, débordant de vie et de fantaisie. Et aujourd’hui encore, en fermant les yeux, on pourrait presque entendre résonner sur la place Ducale :

« Zoûme, Zoûme, Zoûme… rag, dag… pouf, pin, pan ! »


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Sources :


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