La Guillotine de Mézières – Saison 1 - Épisode 2 : Le Verdict du Palais de Justice
Le vendredi 13 novembre 1885, la salle des Assises du Palais de Justice de Mézières est comble. À la tribune, le public observe avec une curiosité anxieuse les pièces à conviction. Nicolas Théodule Gurnot, 32 ans, est amené par les gendarmes. Sous sa moustache en brosse, il semble porter tout le poids de son crime.
Mézières (1885) : Le tribunal au carrefour des rues Monge et des Liégeois. C'est ici, dans ce bâtiment devenu aujourd'hui une école, que se jouèrent les dernières heures de Nicolas Gurnot.
Le mobile : 100 francs pour une vie
L'acte d'accusation révèle une vérité sordide. Gurnot n'a pas frappé par folie, mais par calcul financier. Acculé par une traite de 100 francs qu'il devait payer à l'encaisseur Tarnaux et incapable d'y faire face, il a prémédité le meurtre trois jours à l'avance. Pour effacer sa dette et s'emparer de la sacoche, ce braconnier qui fuyait le travail honnête a choisi de devenir un assassin.
L'inventaire de l'infamie
Le Président Tulpain ordonne l'ouverture de la caisse des scellés. Le jury voit défiler les preuves du guet-apens :
- La blouse bleue de Tarnaux (N° 8) : Le vêtement de l'encaisseur est exhibé, saturé de sang. On présente aussi sa montre et sa canne couverte de boue.
- Le fusil et les cartouches de guerre (N° 13) : L'attirail du braconnier, que Gurnot avait tenté de cacher dans le bois.
- La preuve par le journal (N° 3) : Des morceaux de l'Echo vouzinois. Gurnot, abonné à ce journal, en a utilisé les pages pour fabriquer les bourres de son fusil. Le papier retrouvé dans la plaie de la victime est identique à celui saisi chez lui.
- Un fragment d'os (N° 5) : Un morceau brisé du crâne de Tarnaux, pulvérisé par la décharge.
Le portrait de la victime : Un honnête père de famille
Le contraste est saisissant. Face au "misérable" assis sur le banc, le Président rend un hommage vibrant à Louis-Joseph-Adolphe Tarnaux. Contrairement à Gurnot, qui délaissait le travail pour le braconnage, la victime était un honnête père de famille, un employé d'une fidélité à toute épreuve, jouissant de l'estime de tous à Grandpré.
"J'avais perdu la tête"
Le Dr Rousseau confirme que le coup a été tiré avec une "précision mathématique" dans la nuque. Un acte de maître. Gurnot s'effondre en sanglots. Mais ses larmes ne touchent personne. Lorsqu'il répète : "J'avais perdu la tête", la réponse du Président claque comme un fouet :
"Cessez cette scène de sensibilité qui est peu opportune en ce moment."
Le Verdict
Le jury ne retient aucune circonstance atténuante pour celui qui a jeté le corps de sa victime dans un fossé, la tête en bas, pour quelques pièces de monnaie. Le verdict tombe : Condamné à mort. Gurnot quitte la salle pour la prison Saint-Julien. Il y attendra 83 jours avant son ultime face-à-face avec la "Veuve", la guillotine
Sources :
- Article du journal "Le Courrier des Ardennes"
- Article du journal "Le Petit Ardennais"

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