Le Courrier des Ardennes du 29/07/1880

ARRONDISSEMENT DE MÉZIÈRES

Canton de Mézières.

  M. Brézol père, qui avait été élu en 1874 contre M. de Béthune, et qui n'a pas réussi depuis à le faire oublier, abandonne lui-même ce mandat. Voici sa lettre de désistement :

« 22 juillet 1880.

» Messieurs et chers concitoyens, » Le mandat que vous m'aviez fait l'honneur de me confier, il y a six ans, arrive à son terme ; je ne vous demanderai pas de le renouveler, n'étant pas certain, en raison du mauvais état de ma santé, de le remplir à votre entière satisfaction, mais je serais heureux de me voir remplacé au Conseil général par l'honorable maire de Mézières, M. Mialaret, qui, plus que tout autre candidat, se recommande à vos suffrages par sa haute capacité administrative et son dévouement aux intérêts qui lui sont confiés.

» J. BRÉZOL, » Conseiller général sortant. »

  M. Brézol lègue sa succession électorale à M. Mialaret, qui s'empresse de la recueillir, et il faut avouer qu'elle ne saurait tomber en de plus dangereuses mains. Car si M. Brézol paraissait républicain, il est impossible de savoir ce qu'est et surtout ce que sera M. Mialaret qui, si l'on en croit ses lettres, n'a pas, en politique, la moindre conscience des nuances ; qui confond M. Gailly et M. Léon Robert dans un même embrassement, qui vote indifféremment pour l'un ou l'autre et qui votera demain avec le même abandon ou la même indulgence pour un candidat plus rouge encore que M. Léon Robert. Avec M. Mialaret, c'est l'opportunisme radical, c'est-à-dire la politique qui a pour principe de n'en point avoir, qui fera son entrée au conseil général, où elle rencontrera, du reste, M. Neveux, qui sert la messe aux mêmes autels.

  Voici la circulaire de la maison Mialaret et compagnie :

  Mes chers concitoyens,

  Je sollicite l'honneur de vous représenter au Conseil général. L'estimable M. Brézol renonce, par raison de santé, et à cause de ses nombreuses occupations, de vous demander le renouvellement du mandat que vous lui aviez confié. Je me présente pour lui succéder. Je mets au service de vos intérêts l'expérience que j'ai acquise par une longue pratique des affaires administratives. Vous connaissez mon passé ; vous savez que pendant vingt-sept ans, j'ai dirigé le service vicinal des Ardennes ; qu'en outre, pendant cette longue carrière, j'ai été appelé à prendre part aux travaux de l'instruction primaire, soit comme délégué à la surveillance des écoles, soit comme membre des commissions d'examens, soit enfin comme membre de la commission d'architecture, chargée de contrôler les projets de constructions scolaires. Les questions d'enseignement et celles qui concernent les voies de communication sont devenues la préoccupation dominante du gouvernement républicain. Elles prennent, à juste titre, la première place parmi les affaires que les Conseils généraux ont à étudier et à résoudre, et parmi celles qui intéressent vos communes. Mon passé administratif m'autorise donc à vous demander vos suffrages. Je serais heureux de les obtenir. Bien que les Conseils généraux ne soient pas des corps politiques, vous avez le droit de connaître les opinions que je professe. En 1870, après nos désastres, la République s'est offerte à la France comme le seul gouvernement capable de la relever matériellement et moralement de ses ruines. Elle est, aujourd'hui, le gouvernement définitif du pays. Maire de Mézières, investi de ces fonctions par le pouvoir républicain, je suis profondément attaché aux institutions que la nation s'est données librement et dans la plénitude de sa souveraineté. Et si jamais j'avais à faire un acte politique, vous me trouveriez en communauté de sentiments avec les hommes modérés qui ont fondé la République, qui la soutiennent et veulent en développer les principes en procédant avec mesure et prudence ; en un mot, avec les hommes de la gauche républicaine.

CH. MIALARET, Maire de Mézières.




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